Signé, attribué, « école de » : savoir lire le cartel d'un tableau
Sous un tableau, quelques mots : un nom, une date, « huile sur toile », parfois « attribué à » ou « école de ». Ces formules ne sont pas décoratives : en France, un décret de 1981 en fixe le sens.
28 octobre 2026

Un décret pour dire les choses
Le décret n° 81-255 du 3 mars 1981 sur la répression des fraudes en matière de transactions d'œuvres d'art et d'objets de collection, souvent appelé décret Marcus, encadre les mots qu'emploient ceux qui vendent des œuvres. Son article premier prévoit que le vendeur, habituel ou occasionnel, doit, si l'acheteur le demande, lui remettre une facture, une quittance ou un bordereau reprenant ce qu'il a avancé quant à « la nature, la composition, l'origine et l'ancienneté de la chose vendue ».
L'idée est simple : chaque formule engage plus ou moins celui qui l'écrit. Voici les principales, de la plus forte à la plus prudente.
« De », « par », « signé » : la garantie la plus forte
L'article 3 est le plus exigeant : « A moins qu'elle ne soit accompagnée d'une réserve expresse sur l'authenticité, l'indication qu'une oeuvre ou un objet porte la signature ou l'estampille d'un artiste entraîne la garantie que l'artiste mentionné en est effectivement l'auteur. » Le même effet s'attache à l'emploi de « par » ou « de » suivi du nom de l'auteur, et au cas où le nom de l'artiste est immédiatement suivi du titre de l'œuvre.
Le décret ne définit pas, en revanche, le mot « daté ». Dans les catalogues, il signale qu'une date est inscrite sur l'œuvre : c'est la description de ce que l'on voit.
Autre garantie, plus discrète, celle de l'article 2 : lorsque la dénomination d'une œuvre est « uniquement et immédiatement suivie de la référence à une période historique, un siècle ou une époque », l'acheteur est assuré que l'œuvre a bien été produite pendant cette période. Si certaines parties sont plus tardives, il doit en être informé.
« Attribué à », « atelier de », « école de » : des degrés de proximité
« Attribué à » suivi d'un nom d'artiste garantit, selon l'article 4, que l'œuvre « a été exécuté[e] pendant la période de production de l'artiste mentionné et que des présomptions sérieuses désignent celui-ci comme l'auteur vraisemblable ». Vraisemblable : le mot est choisi.
« Atelier de » garantit, selon l'article 5, que l'œuvre a été exécutée dans l'atelier du maître cité ou sous sa direction. Lorsqu'un atelier familial a gardé le même nom sur plusieurs générations, la mention doit être suivie d'une indication d'époque.
« École de » va plus loin dans la distance. D'après l'article 6, la formule garantit que l'auteur a été l'élève du maître cité, a notoirement subi son influence ou bénéficié de sa technique, et elle ne peut s'appliquer qu'à une œuvre exécutée du vivant de l'artiste ou moins de cinquante ans après sa mort. Lorsqu'elle renvoie à un lieu précis, elle garantit que l'œuvre date de la période du mouvement artistique désigné, dont l'époque doit être précisée, et qu'elle est due à un artiste ayant participé à ce mouvement.
« Dans le goût de », « style », « d'après » : aucune garantie
L'article 7 est le plus court et peut-être le plus utile à connaître : « Les expressions "dans le goût de", "style", "manière de", "genre de", "d'après", "façon de", ne confèrent aucune garantie particulière d'identité d'artiste, de date de l'oeuvre, ou d'école. » Ces mots décrivent une ressemblance, rien de plus. Enfin, l'article 8 impose que toute copie, tout fac-similé ou toute reproduction soit désigné comme tel.
Les petites lignes : signature, dimensions, technique
La position d'une signature s'abrège selon un code partagé par les musées : « b.d. » pour en bas à droite, « b.g. » en bas à gauche, « b.c. » en bas au centre, « h.d. » en haut à droite, « h.g. » en haut à gauche.
Les dimensions s'indiquent par convention dans l'ordre hauteur × largeur, suivi de l'unité, généralement le centimètre. Un tableau de 41 × 51 cm est donc plus large que haut.
Vient ensuite la technique : « huile sur toile », « huile sur panneau », « huile et acrylique sur panneau ». On lit d'abord la peinture employée, puis le support sur lequel elle est posée.
Deux cartels de notre catalogue, lus de près
Notre Paysage d'Alger, de 1928, est catalogué « Signé b.d. » : une signature est visible en bas à droite, mais nous n'avons pas identifié son auteur, et le cartel ne nomme donc personne. Nous décrivons ce que nous voyons, sans prêter le tableau à un artiste.
Notre Paysage nocturne de rivière est catalogué « École française, XXe ». Ce n'est pas un « école de » suivi d'un nom d'artiste au sens de l'article 6 : c'est une indication large d'origine et de siècle. Si un cartel vous laisse un doute, posez la question, et souvenez-vous que le décret vous permet d'obtenir ces précisions par écrit.
