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Artistes

Pierre Prins, l'invité manquant de 1874

Ami de Manet, voisin de Sisley sur les bords de Seine, il devait exposer chez Nadar en 1874. Ses douze toiles ne sont jamais arrivées.

6 octobre 2026

Berge du quai d'Orsay — Pierre Prins, 1876
Pierre Prins, « Berge du quai d'Orsay », 1876. Mise en scène numérique : cadre et décor de présentation.

Le 27 décembre 1873, à Paris, des peintres fondent une société au nom sans poésie : la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. Parmi ses souscripteurs, des noms que tout le monde connaît aujourd'hui — Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Camille Pissarro, Edgar Degas, Paul Cézanne. Certaines sources y ajoutent un nom que presque plus personne ne cite : Pierre Prins. La liste des 22 souscripteurs de la charte, elle, ne le mentionne pas.

Quelques mois plus tard, du 15 avril au 15 mai 1874, cette société organise dans l'ancien atelier du photographe Nadar une exposition que l'histoire retiendra comme la première exposition impressionniste. Prins devait y être. Il n'y figure pas.

Douze toiles qui ne sont jamais arrivées

L'histoire tient en une négligence. Avant de partir pour Namur avec sa femme, souffrante, Prins confie douze de ses tableaux à un ami d'enfance, le sculpteur Émile Philippe Scailliet. Celui-ci doit les remettre à Sisley, qui doit les déposer chez Nadar. Les toiles ne seront jamais déposées. Prins n'exposera jamais avec le groupe.

Le destin d'un peintre se joue parfois à une course qu'un ami a oublié de faire.

Dans l'intimité de Manet

Né à Paris en 1838, Pierre Prins est peintre, pastelliste et sculpteur. Il entre dans le cercle d'Édouard Manet par sa sœur Pauline, très proche de Suzanne Leenhoff, l'épouse du peintre. En 1869, il épouse Fanny Claus — Manet est leur témoin. Si son visage vous dit quelque chose, c'est qu'elle pose dans « Le Balcon » de Manet : la jeune femme debout, l'ombrelle à la main, aux côtés de Berthe Morisot.

Prins fréquente Manet et Sisley sur les bords de Seine, à Chatou. Mais le musée Fournaise, qui lui a consacré une exposition, le résume d'une formule juste : il fut « trop imprégné de l'art de Corot et Daubigny pour être marqué par la peinture de son ami ». Un paysagiste du plein air, plus qu'un disciple.

Une carrière au grand jour

Prins n'a rien d'un peintre maudit. Il expose au Salon en 1868 et en 1878 ; en 1890, la galerie Georges Petit présente 43 de ses pastels. Le musée d'Orsay conserve aujourd'hui plusieurs de ses œuvres, dont les pastels « Brume et soleil sur la Manche » et « Ciel breton au Pouldu ». Il meurt à Paris en 1913.

Sa « Berge du quai d'Orsay », peinte en 1876, deux ans après le rendez-vous manqué, montre ce qu'il savait faire : un pont de pierre, des bateaux amarrés, la lumière qui joue sur la Seine — un Paris de travail, peint sans emphase.

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