Zenitta Tazieff-Vivier, chimiste, résistante, peintre
La mère du volcanologue Haroun Tazieff a traversé le XXe siècle en révolutionnaire, en scientifique, en muse d'un poète et en résistante — et elle peignait.
6 octobre 2026
Elle naît à Daugavpils, dans l'actuelle Lettonie, alors province de l'Empire russe. En 1903, elle s'installe à Bruxelles pour étudier à l'Université libre. Elle en sortira docteure en sciences naturelles et en chimie, et diplômée en sciences politiques — un parcours rare pour une femme de cette génération.
Son fils, le volcanologue Haroun Tazieff, écrira dans ses mémoires, « Les défis et la chance », tenir son éducation « de gauche » d'une mère « qui avait participé à la révolution russe de 1905 ».
Deux mariages, deux mondes
En 1906, elle épouse Sabir Tazieff, médecin, qu'elle a rencontré à l'Université libre de Bruxelles. Leur fils Haroun naît en 1914 ; la même année, Sabir meurt, médecin militaire dans l'armée russe.
Au début des années 1920, elle épouse le poète liégeois Robert Vivier. Elle l'aide à traduire du russe et du polonais — ensemble, ils traduisent « Sœurs en croix » d'Alexeï Remizov, en 1929. Vivier lui dédie son roman « Délivrez-nous du mal » : « À ma femme, à qui je dois les pensées et les sentiments de ce livre ».
La peinture, en parallèle
Pendant que son mari construit son œuvre littéraire, elle mène une carrière de peintre et d'aquarelliste : des paysages de la côte belge et du sud de la France, des natures mortes. Elle fréquente les milieux intellectuels, dont le philosophe Vladimir Jankélévitch.
Dans la Résistance
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'engage dans des organisations de résistance belges et communistes russes, depuis Bruxelles. Elle travaille avec Betty Limbosch-Lavachery, liée au Groupe G. Le sculpteur Idel Ianchelevici peut se cacher grâce à elle, et le survivant néerlandais Henri Vles a témoigné de son rôle. Une grande partie de cette activité, note l'université VUB, reste peu documentée. Son fils, lui, combat dans les Partisans armés.
Elle meurt en 1984. SaisonArt présentera prochainement l'une de ses toiles.